Mon top 3 des arguments débiles contre l'écriture inclusive

 

Petit nota bene avant de débuter: je parle ici de l’écriture inclusive principalement sous le prisme de ses impacts envers le sexisme et les rapports hommes/femmes car c’est ce que je connais, mais n’oublions pas que cette écriture permet aussi d’inclure les personnes d’autres genres, encore plus invisibilisé.e.s que les femmes par la langue française.

 

Aujourd’hui, je râle! Il faut bien, hein, sinon ça manquerait!

En ligne de mire, l’écriture inclusive (mais tu sais, tu as lu le titre). Ce n’est pas par hasard que j’écris cet article aujourd’hui, puisqu’à l’heure où je le commence je viens d’apprendre que l’écriture inclusive se trouve bannie des textes officiels.

Tu as sans doute entendu parler de l’écriture inclusive, mais si ce n’est pas le cas n’hésite pas à faire une petite recherche sur le sujet avant de lire cet article. Je ne compte pas la définir, d’autres l’ayant expliqué bien mieux que je pourrais le faire et mon texte serait bien trop long.

Voilà un certain temps que l’écriture inclusive provoque des débats déchainés, en particulier depuis le jour où Hatier a sorti un manuel scolaire de niveau CE2 introduisant cette syntaxe. Depuis, c’est l’avalanche de critiques à l’encontre de cette forme d’écriture, tandis que de l’autre côté les passions sont tout aussi présentes pour la défendre.

Je pars toujours du principe que chacun a droit à sa propre opinion, même si j’avoue être moins tolérante pour certaines que pour d’autres.

Je pense que tu t’en douteras (notamment parce que je la pratique), mais je suis totalement pour l’écriture inclusive. C’est à mes yeux non seulement une nécessité, mais en plus une manière de revenir sur le sexisme de la langue française, l’invisibilisation des genre autres que masculin, et plus exactement de cette règle qui veut que le masculin l’emporte sur le féminin.

Au début je pensais te lister les raisons pour lesquelles je suis pour l’écriture inclusive, mais à la réflexion ça me semblait redondant, étant donné que je suis d’accord avec la plupart des articles et textes la défendant. Du coup, j’ai décidé de te faire un petit top 3 des arguments les plus idiots que j’ai pu lire à l’encontre de l’écriture inclusive.

 

3. C’est encore un caprice des féministes, alors qu’il y a de vrais problèmes!

 

Je n’étais pas sûre de mettre celui-ci dans le top parce qu’il n’est pas propre à l’écriture inclusive, mais j’en ai tellement ras le bol de voir ça partout que je vais une fois de plus mettre les points sur les i, les barres sur les t, breeeef.

A chaque fois, je dis bien à CHAQUE FOIS qu’un.e article/discours/vidéo/etc féministe est publié.e sur n’importe quel sujet concernant le sexisme ordinaire, PAF ce même argument ressort, servant justement à discréditer le propos de l’auteur.e. Parce que vous pensez bien, que lorsqu’on se met à parler viols et violences physiques envers les femmes, le soutien n’est bizarrement pas davantage présent.

Pour bien t’expliquer pourquoi ce genre d’argument est absurde, voire dangereux, je te propose une analogie: il y a un peu plus d’une semaine j’ai adopté un petit chat. Il s’est super bien adapté à son nouvel environnement, sauf que j’ai remarqué que comme beaucoup de chatons, il a tendance à me mordiller quand il joue.

Face à ce comportement, j’ai deux réactions possibles:

– Le gronder à chaque fois qu’il le fait
– Laisser couler en considérant que ce n’est pas grave. Il ne me fait pas mal du tout, et il le fait juste pour jouer, ce n’est pas agressif.

Ce comportement n’est pas grave, ce n’est pas dangereux, ça ne fait pas mal. Pourtant, ayant déjà eu des animaux, je sais que si je ne lui dit rien il va intégrer ce comportement comme quelque chose de permis, de normal. Et lorsqu’il va grandir, qu’il aura ses dents d’adulte et se mettra à mordre plus fort et à faire cette fois vraiment mal, il aura du mal à comprendre pourquoi d’un coup ce comportement n’est plus acceptable et il sera extrêmement difficile pour moi de l’en faire changer.

Je t’en avais parlé lors de mon dernier article sur #metoo: il n’y a pas de petite violence, de violence pas grave. Dès lors que personne ne proteste face à un certain type de comportement, celui-ci est normalisé, puis ancré dans la société, à tel point qu’il est vraiment très difficile de convaincre les membres de cette société que ce comportement est nuisible et inacceptable, souvent même auprès des victimes.

Si un homme et une femme débattent d’un sujet et qu’un jury conclut que l’homme gagne parce que « le masculin l’emporte forcément sur le féminin », on est d’accord que c’est une attitude sexiste et injuste (si tu penses le contraire, je t’invite à quitter cette page dès à présent, je doute que mon propos t’intéresse). Mais en langue française, dire « Le masculin l’emporte sur le féminin » est la normalité et régit totalement notre langue. Pourtant, en quoi serait-ce moins sexiste?

 

2. Je ne vois vraiment pas ce que ça change!

 

Donc la langue française est un patrimoine noble auquel il ne faudrait surtout pas toucher sous peine de pervertir les futures générations d’écoliers et les transformer en débiles profonds mais si on la change ça ne servirait à rien? Faudrait peut-être songer à se décider parce que c’est un chouia contradictoire là.

Bien sûr, quand on est adulte et qu’on a grandi avec, qu’on l’a bien intégrée, on ne voit pas ce que ça peut changer. On ne voit plus forcément le sexisme qu’il y a derrière. Mais les mots ont un véritable poids et si tu es attaché.e à la langue, je pense que tu ne peux que le reconnaître.

Quand on est enfant, l’une des premières règles de français qu’on apprend est que le masculin l’emporte toujours sur le féminin. Je l’ai d’ailleurs vécu au lycée, en section littéraire: sur environ 25 élèves, il n’y avait qu’un seul garçon, et évidemment les pronoms masculins étaient employés, comme si la masse des 24 filles était quantité négligeable.

A l’école on apprend aussi que médecin, pompier, ingénieur, écrivain, pilote, etc n’ont pas de féminin (même si certains ont commencé à s’imposer).

Dans notre langue, le féminin est invisibilisé. Dire à une petite fille qu’il n’existe pas de féminin à médecin, c’est envoyer le message très implicite (et inconscient) qu’elle ne pourra pas l’être, car forcément exclue de cette catégorie. Et je ne parle même pas des enfants d’autres genres, qui sont eux totalement exclus de la langue. De nombreux pédopsychiatre s’accordent à dire que les schémas de genres s’imprègnent extrêmement tôt chez les enfants. Qu’on le veuille ou non, notre langue, dominée par le masculin, y participe.

 

1. L’écriture inclusive, c’est laid

 

LOL

Pour moi la palme des arguments stupides.

En lisant/entendant ça, je ne sais jamais trop si j’ai envie de rire ou de pleurer. Le pire étant que souvent, cet argument vient de linguistes, ou de personnes ayant une connaissance assez solide de la langue.

Le même genre d’argument était sorti concernant la réforme de l’orthographe qui avait fait un véritable tollé.

Donc en un mot comme en mille: une langue c’est pas fait pour être beau.

Voilà, c’est dit.

Bien sûr, il y a la poésie, la littérature, les belles lettres, la musique (quoique dans le son c’est moins gênant). Et là je comprends tout à fait qu’on puisse craindre que ça nuise à l’esthétisme de la langue, étant moi-même de formation littéraire. Là, dans ce cadre, je trouve l’argument pertinent.

Mais il s’agit d’un cadre restreint. De base, une langue est faite pour communiquer, dans le sens le plus large du terme. Que ce soit parler de la pluie et du beau temps avec ses voisins ou défendre des idées, des convictions.

Si tu es quelqu’un qui aimes écrire, partager des idées, je pense que tu seras d’accord que ce qui compte, ce n’est pas seulement ce qu’on dit, mais la manière dont on le dit. Utiliser l’écriture inclusive, ce n’est pas seulement une forme de rébellion contre le sexisme de notre langue, c’est aussi parler au plus de personnes possibles, quel que soit leur genre, et les rendre visible, les inclure (raison pour laquelle ça s’appelle écriture inclusive).

En France, le changement reste encore et toujours un sujet sensible. Vouloir s’attaquer à notre bien-aimée langue, c’est pour certains un peu comme si on décidait de détruire le Louvre et de le remplacer par un Casino cafétéria. Mais lorsque l’esthétisme ou la tradition deviennent des arguments pour empêcher l’évolution ou conserver des pratiques rétrogrades et injustes, ça n’est plus recevable. Bannir l’écriture inclusive pour la raison que « c’est moche » revient à peu près à avancer les arguments de « la séduction à la française et la tradition grivoise » pour excuser le harcèlement de rue.

(oui, j’y vais fort, mais je l’ai dit, il n’y a pas de « petit » sexisme ou de « petite » discrimination)

 

 

Alors oui tu peux te dire que « c’est dur à lire », c’est « lourd » (mais quand même bien moins que certaines alternatives que j’ai vue proposées à plusieurs reprises). Oui, il y a des interrogations, des points qu’il faudra résoudre, oui ça va nécessiter de changer beaucoup de choses, de prendre de nouvelles habitudes, de se bousculer un bon coup et ça va prendre un sacré bout de temps. Mais en fin de compte, l’adoption de l’écriture inclusive c’est aussi un pas de plus pour donner à nos enfants une chance de grandir dans une société moins sexiste, moins genrée et plus tolérante que la nôtre.

Ce qui est quand même une perspective plutôt sympa.

 

A la revoyure!

Nessy

Mon top 3 des arguments les plus débiles contre l’écriture inclusive
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