#metoo… suis-je légitime?


#metoo... suis-je légitime?

 

La semaine dernière, comme tant d’autres femmes, je t’ai partagé beaucoup de ces moments où j’ai subi du harcèlement, des violences, des humiliations de la part d’hommes. Et au fur et à mesure que j’écrivais mon texte, chacun des points de la liste, je me suis rendue compte que je me posais cette question:

Suis-je légitime à partager tout ça, à élever ma voix moi aussi? Est-ce que tout ça, vraiment, constitue des violences dignes d’être rapportées?

Il y a quelques années, au lycée ou à l’université, une fille que je connaissais me racontait comment, une fois, alors qu’elle était assise dans le RER pour rentrer chez elle, un homme qui passait près d’elle lui avait caressé les cheveux. Sans rien dire, rien faire de plus, il avait eu ce geste, puis était parti. Elle me racontait à quel point elle s’était sentie mal après ça. Je comprenais parfaitement, parce que ce malêtre, cette sensation de dégoût, d’humiliation et de culpabilité, je l’avais déjà ressenti. J’étais pleine d’indignation pour ce qu’il avait fait, et pourtant, il ne me serait pas venu à l’idée de parler d’agression dans ce cas.

Pour moi, une agression, une vraie, c’était ce dont on parle à la télévision, dans les journaux, les faits divers. Quelque chose de vraiment grave, mêlant la violence physique, les cris. Un crime.

J’avais encore en tête le fameux mythe du viol, commis au hasard par un homme inconnu et malade au beau milieu de la nuit, qui aurait pris en victime une femme malheureusement choisie au hasard. Avec de la lutte physique, des cris.

Bien sûr, ça arrive, mais ça ne concerne qu’une faible part des viols réellement commis (pour rappel, 80% des violeurs connaissent leur victime, et ce ne sont pas des monstres, mais bel et bien des hommes qu’on connait et côtoie). Ce qu’on nous montre à la télévision, dans les films, ou ailleurs, c’est souvent loin de la réalité.

 

Une mains aux fesses, je trouvais ça absolument inacceptable, rageant, humiliant. Mais jamais je n’avais appris à considérer ça comme une agression. Parce que personne n’a frappé personne au fond. Même si je me sens mal sur le coup, je ne serai pas traumatisée pour le restant de mes jours. Je finirai par oublier, jusqu’à la prochaine.

Parce que pour moi, agression signifiait aussi traumatisme, forcément: le type de traumatisme dont on a du mal à se relever, qui nous change totalement (beaucoup ce que j’avais vu dans des films ou séries encore une fois). Sauf que ce que j’avais vécu n’était pas si terrible, je n’avais jamais été traumatisée.

Ah oui?

Il y a un an ou deux, alors que je m’apprêtais à sortir du train, j’ai vu un homme m’approcher. Ma première pensée a été « Je vais encore me faire emmerder! ». Du coup mon réflexe a été de détourner la tête, de l’ignorer, espérant le décourager. Pourtant, je voyais qu’il continuait à essayer d’attirer mon attention et j’espérais que les portes du train allaient s’ouvrir très très vite, histoire que je puisse filer. Jusqu’à ce que je réalise que cet homme n’avait pas du tout l’intention de me harceler. Non, il voulait simplement me signaler gentiment que j’avais fait tomber mon bonnet par terre.

J’étais morte de honte. Ca peut sembler drôle, mais je t’assure que je n’avais pas du tout envie de rire: j’en étais arrivée à un point où je ne pouvais plus être abordée par aucun homme, sans craindre ses intentions.

Petit à petit, remarque après remarque, après attouchement non désiré, après insulte, j’avais développé une peur des hommes.

(pas de chaque homme individuellement hein, mais du groupe social de type homme)

Le traumatisme était bel et bien là. Il l’est toujours. Lorsque je m’habille en pensant à l’heure à laquelle je vais rentrer (parce qu’il ne faudrait pas que je sois trop découverte si je me retrouver à devoir marcher dans la rue tard le soir). Lorsque je surveillais mon verre en boîte de nuit. Quand j’ignore mes agresseurs, parce que j’ai peur de tomber sur quelqu’un de vraiment agressif si je réponds. Il est même dans la manière dont j’ai vécu et vis encore mes relations amoureuses (je m’en rends de plus en plus compte).

 

Alors oui, une « simple » main aux fesses est une agression. . Il y a de quoi se mettre en colère, il y a de quoi en parler, le dénoncer ! Non ce n’est pas normal, malgré les « oh ça, va, c’est pas si grave, il y a pire » qu’on pourrait te balancer ou les blagues grivoises qu’on entend un peu partout (bah oui c’est tellement drôle. Pas.). Malheureusement, toutes ces réactions contribuent à normaliser ces actes, si bien que les femmes victimes finissent par les considérés comme normaux, jusqu’à se sentir chanceuses quand elles parviennent à les éviter (j’ai été dans ce cas). Alors que la normalité est justement de pouvoir se déplacer librement dans l’espace public sans subir d’attouchements et paroles indésirables.

Alors oui, si tu as « juste » été harcelée, tu as le droit d’écrire #metoo aussi, tout comme tu as le droit de ne pas le faire si tu n’en as pas envie. Tu es légitime à t’exprimer, ce que tu as vécu est grave et tu as parfaitement le droit de le dénoncer! Aucune agression n’est normale, quelle qu’elle soit.

 

Plein d’amour pour toi

 

#metoo… suis-je légitime?
Étiqueté avec :                

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :